L'origine des Peuls

L'origine des Peuls est une question qui a suscité de nombreux débats et fait couler beaucoup d'encre parmi les anthropologues, les archéologues et les historiens. La tradition orale les fait remonter jusqu'en Ethiopie ou en Egypte, au temps d'une union mythique entre deux êtres qui donnèrent naissance aux ancêtres des quatre clans fondateurs : Barry, Diallo, Sow et Ba.
Dans l'imaginaire peul, ces clans sont liés aux quatre éléments (feu, air, eau, terre) et aux quatre couleurs de robes des bovidés (jaune, rouge, noir, blanc). Car l'essence du Peul est intimement liée à la vache et au pastoralisme.
On retrouve aujourd'hui des Peuls dans toute la zone sahélienne soudanaise, de la Guinée jusqu'au Tchad, selon un mouvement migratoire qui serait allé d'ouest (région méridionale de la Mauritanie) en est.
Certains sont restés nomades ou semi-nomades tandis que d'autres se sont sédentarisés et adaptés au système culturel des populations locales qu'ils ont rencontrées. Les divers groupes de Foulbé ont en commun un substrat linguistique : le haalpulaar à l'ouest et le fulfuldé à l'est, qui se déclinent eux-mêmes en plusieurs dialectes régionaux.
Les Peuls du Mali se seraient installés dans la boucle du Niger à partir du Xe siècle. A leur arrivée, les premiers conquérants qui étaient déjà islamisés se sont heurtés aux royaumes païens Bambara, Dogon et Mossi. C'est en 1818 que Shekou Hama Hamadou Boubou Barry fonde le premier empire peul du Maasina, avec pour capitale la cité de Hamdallaye, non loin de Mopti. En 1860, un célèbre guerrier venu de l'ouest (du Fouta Toro dans l'actuel Sénégal), El Hadj Omar Tall, instaure la Diina, un empire théocratique fondé sur les lois islamiques auquel les griots font souvent références pour rappeler le passé prestigieux des Peuls.
En se dirigeant vers l'est, ils annexèrent le Haïré (Douentza, Boni, Hombori) et poussèrent même jusqu'au Djelgodji, au nord de l'actuel Burkina Faso. C'est une région semi-désertique, le paysage se compose de vastes plaines arides d'où émergent de grandes falaises rocheuses. La richesse d'antan n'est plus aujourd'hui qu'un vague souvenir, avec la désertification et les grandes sécheresses des années soixante-dix qui, avec leur lot de calamités, ont fini par décimer les troupeaux en masse.
Organisation de la société peule
Le système social est fondé sur la prééminence des Peuls nobles (rimbe), qui héritent de leur statut par filiation paternelle. Leur principale activité est l'élevage bien qu'ils soient de plus en plus contraints à cultiver la terre pour assurer leur subsistance.
Dans la hiérarchie viennent ensuite les castes d'artisans, les nyeeybe qui comprennent les tisserands (mâbuube sanyoobe), les cordonniers (sakeebe), les forgerons (wayluube)et les griots, eux-mêmes répartis en différents groupes. Dans l'ordre, les plus prestigieux sont les bambaado, véritables érudits versés dans les lettres sacrées, l'histoire et la généalogie, puis les gawlo qui flattent et quémandent sans vergogne et, enfin, les tiapourta réputés pour leurs propos et leurs comportements grossiers qui dérangent parfois mais libèrent aussi certaines tensions sociales.
En bas de l'échelle du système social peul, on trouve les riimaybe, aux origines ethniques très variées, qui descendent des esclaves capturés ou achetés par les nobles au cours de leurs conquêtes.
Aux côtés des Peuls éleveurs, le groupe des jawambe joue un rôle prépondérant d'intermédiaire dans le domaine du commerce du bétail. Ils ne sont pas d'origine peule mais sont foulaphones et s'intègrent parfaitement dans leur organisation. Ils exercent une influence non négligeable sur les affaires politiques grâce à leur poids économique et leur réputation d'excellents conseillers.
Malgré la grande dispersion géographique des groupes peuls, il est des caractéristiques qui se retrouvent dans chacun d'eux, et qui permettent de définir une identité peule commune.
Au-delà de la langue et du système social fondé sur le pastoralisme, la " foulanité " (l'identité peule) s'exprime par un ensemble de valeurs et de comportements codifiés que les Peuls appellent la pulaaku, ou laawol pulaaku (le chemin de la pulaaku). Parmi elles, les importantes sont la modestie et la réserve (seemteende ou gacce), la patience (munyal), le courage (seembe) et la compassion (bernde).
Au-delà de ces valeurs conceptuelles, la pulaaku se manifeste concrêtement dans chaque geste du quotidien et lors des grands jours, face aux vicissitudes de l'existence. Dans leurs éloges, les griots utilisent ce référent idéal en démontrant de quelle manière un personnage a pu dans sa vie incarner la pulaaku et servir de modèle aux générations futures.